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Donner une chance au nouveau

Donner une chance au nouveau

Il n’y a pas que pour le nouvel employé que les premiers jours au bureau sont éprouvants pour les nerfs. Les collègues doivent eux aussi s’adapter et ce n’est pas toujours facile pour tous.

« Au départ, j’étais sceptique en ce qui concernait ma nouvelle collègue » se souvient Sabine Kaiser* . « Quoi que je dise, j’avais toujours l’impression que nous ne nous comprenions pas. » Entre les deux femmes, il n’y eu jamais de disputes ouvertes, mais en son for intérieur, Sabine Kaiser s’énervait souvent contre la nouvelle collègue. « Je ne pouvais pas vraiment identifier l’origine de cet agacement. C’était simplement un sentiment instinctif qui signalait le refus. »

Les cent premiers jours dans un nouveau travail représentent un défi, et pas seulement pour celui qui occupe le poste, mais aussi pour ceux qui sont déjà établis dans le service. Ce n’est pas étonnant, disent les psychologues. « Dans une telle situation, il y a une sorte de programme de survie qui se déroule dans chaque être humain », explique Hans Georg Willmann, psychologue et directeur du cabinet de conseil en recrutement jobID à Fribourg (Allemagne). Ce qui est nouveau déclenche tout d’abord de la peur. « Ce mécanisme s’est ancré au cours de l’évolution dans le tronc cérébral. »

Le cerveau enclenche le programme de survie

En conséquence, on classe le nouveau collègue automatiquement parmi deux extrêmes « bon » et « mauvais », « fort » et « faible » et « actif » et « passif », explique Willmann. La première impression du « nouveau » se fait en l’espace de quelques secondes seulement. « C’est ainsi que les préjugés apparaissent, lesquels seront confortés ou ébranlés après avoir fait plus ample connaissance. »

C’est aussi l’instant où certaines peurs peuvent être réveillées : Est-ce que le nouveau s’en sort mieux que moi, peut-il devenir dangereux pour mon poste ? « C’est surtout dans le milieu du secrétariat et de l’assistance de direction que la première réaction des moins jeunes est la peur, par exemple peur du licenciement car il y a maintenant un remplaçant potentiel. » C’est l’exemple typique que donne le conseiller. Les manques de confiance en soi comme celles-ci apparaissent surtout quand le supérieur n’a pas clairement défini les domaines d’activité du nouveau collègue ou séparé ceux-ci de ceux des employés établis.

Reconnaître ses peurs

La meilleure façon pour aller à l’encontre de ces peurs est de les reconnaître, recommande Willmann. En regardant chacune des craintes de plus près, on s’aperçoit souvent qu’elles ne sont pas fondées. Il est ainsi utile d’aller ouvertement vers le nouveau collègue. Cela favorise le déroulement positif de la prise de contact. La pire des choses à faire est de ne laisser aucune chance au nouveau collègue de faire connaissance avec les autres membres de l’équipe - et inversement - cela ne fait que nourrir les préjugés.

« Un « Je n’ai pas le temps » ne fait que bloquer », souligne Willmann. Il ne s’agit pas ici d’emmener tout de suite le nouveau collègue boire une bière le soir, on est entre collègues, pas entre copains. Mais il faut quand même inviter le nouveau collègue de façon ciblée à aller manger à la cantine avec les autres », conseille le spécialiste.

C’est au supérieur de présenter le nouveau

Le premier jour, le supérieur direct se doit de présenter le nouveau personnellement à chaque collègue. S’il s’agit d’un cadre, c’est au service du personnel ou à la direction qu’incombe cette tâche. Cette « intronisation » est très importante », explique Willmann. « Si elle n’a pas lieu, cela peut entraîner comme conséquence/amener à ce que l’autorité du nouveau supérieur ne soit jamais acceptée. » Alors que pour un nouvel employé, chaque collègue peut contribuer à ce qu’il se sente rapidement à l’aise dans l’entreprise, ceci est plus difficile pour un supérieur.

Les bavards dans les couloirs pourraient très vite interpréter cela comme du fayotage auprès du nouveau chef. Le conseiller en recrutement de Fribourg donne un exemple : « Mais un chef d’équipe peut parler positivement d’un autre chef d’équipe, louer sa compétence professionnelle et aller délibérément manger avec lui. »

Fixer des parrains au sein de l’équipe

Certaines entreprises assignent aux nouveaux employés au sein du service ou de l’équipe des parrains, lesquels font office d’interlocuteur pour toutes questions n’ayant pas trait direct au travail et qui s’efforcent activement à ce que les nouveaux collègues s’intègrent rapidement.
Dans les entreprises où ces rituels ne sont pas monnaie courante, un employé peut endosser ce rôle de lui-même, « ou alors, c’est un chef de service qui nomme quelqu’un s’il remarque que personne ne s’en occupe spontanément, » propose Willmann.

Le conseiller fribourgeois recommande de plus aux responsables du personnel d’impliquer plus fortement les employés à la première sélection des candidats. Il existe une entreprise de classe moyenne dans le domaine de l’électronique de la communication qui procède ainsi depuis déjà un certain temps. Le principe est le suivant : on invite plusieurs candidats à un après-midi d’information pendant lequel ils peuvent, en présence des supérieurs et du service du personnel, entrer en contact avec les employés.

Ne pas sous-estimer les facteurs humains

Après, les candidats intéressants pour l’entreprise passeront l’entretien d’embauche classique. « On peut ainsi déterminer par avance qui convient à une équipe, » souligne Willmann et fait remarquer : « la plupart des contrats de travail ne se terminent pas à cause d’insuffisances professionnelles mais à cause du facteur « humain ». »

Heureusement, cela n’arriva pas jusque là pour Sabine Kaiser et sa nouvelle collègue : la relation des deux femmes s’est depuis détendue. « Pendant deux semaines, nous avons dû travailler ensemble sur un projet. C’était une situation que je trouvais plutôt désagréable au départ quisque je n’arrivais pas vraiment à évaluer ma collègue », explique Sabine Kaiser. « Mais ainsi, nous sommes entrées plus en conversation et avons par exemple constaté que nous avons des intérêts semblables pendant nos loisirs. ». Depuis, la glace est brisée entre les deux collègues.



* Nom changé par la rédaction